Les différentes minorités linguistiques
Ce qu’on appelle les minorités linguistiques peuvent être répertoriés dans plusieurs catégories :
– Des êtres humains d’origines autochtones vivant sur une terre dont l’État qui la régit promeut une langue dominante, et qui sont poussés à l’abandonner pour des questions d’intégration et de survie.
– Des êtres humains exclus de leur terre d’origine, soit migrants, soit réfugiés et bien souvent les deux, qui abandonnent leur langue pour des questions d’intégration et de survie.
– Des êtres humains parlant la langue des signes (LSF), principalement des personnes malentendantes, mais aussi entendantes, qui parlent la LSF pour des raisons familiales ou professionnelles. Elle peuvent aussi avoir des problématiques de communication, d’accès à l’information.
Ces êtres humains ne sont pas seulement minoritaires en nombre de locuteurs, elles sont également minoritaires en termes de droit d’expression de leur langue puisque leurs langues ne sont pas reconnues officiellement et sont parfois même considérées encore comme illégales.
La persécution linguistique
La plupart des minorités linguistiques ont vécu dans la Persécution Linguistique.
— La langue des signes était interdite jusqu’en 1991 car on pensait que les gestes représentaient un risque de transmission de la tuberculose, on coulait donc de la cire brûlante dans les oreilles de jeunes enfants sourds pour leur “déboucher les oreilles”.
— Les immigrants doivent mettre de côté la langue de leur famille afin de s’intégrer à n’importe quel prix. Des enseignants et médecins déconseillent encore aujourd’hui le bilinguisme et on va voir un-e orthophoniste pour gommer son accent afin de trouver du travail. De nombreuses personnes sont encore victimes de discrimination liée à la langue qui représente une identité différente.
— Les autochtones devaient, jusque dans les années 80 (et ce dans toutes les colonies), porter à l’école un symbole autour du cou et dénoncer un camarade parlant la langue. Si l’on finissait la journée d’école avec le symbole, la punition était souvent physique : porter une pierre à bout de bras pendant une heure, lécher la cuvette des toilettes ou se laver la bouche avec du savon. Les langues autochtones sont encore aujourd’hui considérées comme anticonstitutionnelles.
La persécution linguistique génère une émotion délétère : la honte. De soi, de son origine, de sa culture, de son identité, des autres et de sa famille qui ne devrait pas parler cette langue interdite, honteuse, sale. Des générations entières (à compter en millions), sont concernées par ce sujet. La persécution linguistique n’est pas un petit sujet : le monde d’aujourd’hui est construit sur la persécution linguistique, nous en sommes les héritiers, les descendants. C’est un scandale gigantesque qui entremêle colonisation, maltraitance infantile, uniformisation, assimilation forcée, abus, ethno-génocide, etc… Très peu d’Etats ont formulé des excuses officielles pour les dommages causés à ces populations.
On appelle “locuteurs silencieux” des personnes qui ont décidé consciemment ou inconsciemment de ne plus parler la langue comme conséquence du traumatisme.
L’insécurité linguistique
Le dénominateur commun dans l’histoire des minorités linguistiques est l’insécurité linguistique. Ce concept provient de la sociolinguistique et s’emploie pour parler d’émotions (honte, angoisse, dévalorisation) qu’un locuteur peut ressentir concernant l’usage d’une langue.
L’Insécurité Linguistique naît directement du contexte social de minorité, par l’isolement que crée la langue non reconnue dans un contexte de langue dominante. Parce que ma langue n’est pas officielle, qu’elle n’est pas bienvenue, n’est pas reconnue, n’est pas valorisée, que mon bilinguisme ou mon accent est stigmatisé, je ressens de l’insécurité.
Pour certains, il faut parfois plusieurs années pour se remettre d’un traumatisme lié à la coupure de langue, pour d’autres, cela peut être toute une vie. Jean-Jacques Kress et Pierre Boquel comme tant d’autres, démontrent aujourd’hui que les traumas linguistiques peuvent même se répercuter sur plusieurs générations. Est-ce un hasard que dans ma famille plusieurs personnes soient orthophonistes ? Que d’autres aient souffert de problèmes précoces de bégaiement ? La science démontre aujourd’hui que cela pourrait être dû en partie à une rupture linguistique traumatique.
Les Cercles de Réparation Linguistique sont une proposition pour sortir des dynamiques binaires de pouvoir afin de remettre de la sécurité linguistique dans l’apprentissage ou l’utilisation d’une langue par un locuteur dans ses relations de tous les jours, que ce soit dans un contexte bilingue passé, présent ou futur.
Comme le disait Anjela Duval, la langue est la clé d’or : c’est la porte de la culture, de l’identité, de notre construction psychique (et même physique), c’est une porte ouverte vers le monde, vers les autres, vers nos ancêtres et vers la Terre.
Une seule règle pour tous : chacun a le droit de parler la ou les langue(s) présente(s) dans notre cœur.